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02/04/2012

Les râleurs font-ils leur beurre ?

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Râler : « une façon de détourner ses peurs »
Par http://sante.lefigaro.fr/sites/all/themes/figarosante/images/icons/ico-f.gif Pascale Senk - le 14/03/2012

INTERVIEW- Pour le Dr Robert Neuburger, le fait de râler est une stratégie permettant de justifier son impuissance à ne pas agir et à faire porter par l'autre son mal être.Neuburger.jpg

Le Dr Robert Neuburger, psychiatre et psychanalyste, vient de publier Exister, le plus intime et fragile des sentiments (Éd. Payot).

LE FIGARO. - Comme psychanalyste, avez-vous souvent à faire à des « patients râleurs » ?

Dr Robert NEUBURGER.  (1) Beaucoup ! Justement, je supervisais récemment un groupe de psychothérapeutes qui se plaignaient d'être désemparés face à ces hommes qui critiquent sans cesse leur femme mais ne lui parlent jamais directement, vont s'en plaindre à leur collègue, par exemple, ou ceux qui répètent sur le divan que le « monde est nul » sans jamais poser d'actes pour participer à son changement. Les râleurs plongent leur interlocuteur dans un grand sentiment d'impuissance, même leur psy ! Car en fait leur revendication vide recouvre une plainte qui ne comporte aucune solution. La parade de l'analyste face à ces critiques stériles, ce peut être de demander « et alors ? », et de se retrouver alors face à un silence gêné. Parce qu'en en réalité, et au fond, ce que veulent les râleurs, c'est que rien ne change.

Pourtant, ils s'expriment beaucoup, ne cessent de répéter leur indignation…

(2) Leurs récriminations sont des stratégies stériles qui n'ont qu'un bénéfice : elles permettent aux râleurs de ne pas se poser les bonnes questions, les plus importantes, à savoir: « Quelle est ma place dans le monde ? Comment exister vraiment, dans ma dignité, par quels actes concrets ? » Râler leur sert aussi à détourner leurs peurs : peur de parler à leur femme et de mettre leur couple en danger, peur de parler à leur patron et de perdre leur travail… D'ailleurs, prendre conscience de ses craintes profondes permet illico d'arrêter les protestations vaines, tout comme se demander ce qu'on pourrait faire si l'on prenait vraiment son problème au sérieux. Enfin, leurs complaintes à répétition leur servent aussi, et c'est essentiel, à culpabiliser leur entourage. Blâmer sans arrêt le monde, les gens, les situations est une façon de dire à celui qu'on inonde de ses griefs : « Prend mon malheur à charge. » Mais contrairement à la culpabilisation « pure » qui cherche à apitoyer l'autre, cette stratégie vise à justifier notre impuissance. C'est une manière de dire à l'autre: « Dis-moi que je ne peux rien y faire, s'il te plaît. »

Comment se comporter alors avec des personnes critiques ?

(3) Une histoire hassidique que j'aime beaucoup donne une réponse à cette question. Une femme vient voir un rabbin et lui dit: « Mon mari prie toute la journée, il ne travaille pas, alors que nous avons déjà huit enfants et besoin d'argent. Je n'en peux plus ! » Le rabbin lui rétorque alors: « Je comprends, je comprends. » Quelques jours plus tard, un homme arrive et dit au rabbin: « Ma femme me harcèle toute la journée pour que j'aille travailler, mais moi je prie toute la journée parce que je sais que c'est plus important. Comment faire pour la faire taire ? » Et le rabbin de répondre : « Je comprends, je comprends. » L'homme s'en va, dépité. C'est alors la femme du rabbin qui surgit dans la pièce et dit à son mari: « Mais quel rabbin tu fais là, vraiment, quel imposteur ! Tu redis toujours la même chose à tous tes plaignants ! Quel travail ! » Et le rabbin, après un temps de silence, de lui répondre: « Je comprends, je comprends. » C'est là, la clé : les râleurs ont simplement besoin d'être écoutés. C'est alors une manière pour eux de se sentir valorisés.

Source : Lefigaro.fr http://sante.lefigaro.fr/sites/all/themes/figarosante/images/icons/ico-f.gif

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      Râler contre le "Dr"©[1, APR note 9][2>2, APR note 109] Neuburger sera-t-il une "stratégie permettant de justifier [3,Jn(1)] son impuissance à ne pas agir et à faire porter par l’autre son mal être" ? À cet égard, il faudrait déjà partir du principe d’un "mal être" chez soi… puis pousser le râle à l’avenant. Le pousser, ce serait in fine déconsidérer les propos tenus, voire les contredire d’une manière ou d’une autre. Or, ces propos n’étant pas inexacts en soi, pourquoi les contredire… hors cet éventuel contexte précis de vouloir à tout prix "justifier son impuissance à ne pas agir et à faire porter par l’autre son mal être" ? Pour l’heure, si râle il y a d’entrée de jeu, celui-ci porte davantage sur le titre de l’interviewé (son "trop être", pourrait-on dire) que sur l’éventuel "mal être" du présent commentateur ! Le plus surfait des magiciens ne saurait voir ses propos remis en cause si, levant la tête et constatant que le ciel est sans nuages, il déclare qu’il fait beau [4][5]. En effet, s’il fait beau, il fait beau pour tout le monde [6, APR note 12]icon_cool.gif : même pour le pire des râleurs [7,Mt(4)] ! Si celui-ci ferme les yeux, décrète qu’il fait nuit -ou qu’il fait un sale temps-, c’est alors une manière pour lui de dévaloriser le climat régnant [(3)]. Naturellement, cela ne change rien à la météo (!) : il a donc ce qu’il veut [(1)].
         Ainsi les propos succinctement énumérés plus haut par Mr Neuburger ne sont-ils pas inexacts en soi : en cela, il est assez fidèle à une "profession"© dont ne se dément pas l’art d’enfoncer des portes ouvertes… tout en donnant l’impression, l’illusion [8, APR note 44] d’explorer quelque terrain vierge, à l’issue d’un long périple réservé aux initiés. Ainsi va-t-on se justifier de la précieuse expérience d’une longue et brillante carrière derrière soi qui, seule, serait à même d’offrir la "sagesse" et la compétence [9. AV note 204] requises à remarquer chez l’autre des attitudes qui échappent censément aux sens du commun des mortels [10, note 85][11]… à commencer par le râleur, bien sûr. Dans cette optique, la TOUCHe [12] finale d’un vieux sage produira toujours son petit effet, venant à point nommé appuyer la "sagesse" du praticien le citant : ici, aura été sollicité un rabbin [(3)]. Avec ce dernier, ne comprend-on pas mieux, ne comprend-on pas mieux ?

    O3308973337.jpgr, si l’observation de cette "stratégie permettant de justifier son impuissance à ne pas agir et à faire porter par l’autre son mal être" peut assurément avoir un côté jungle [13], elle n’est en rien un terrain vierge. Pour s’établir, elle n’attend pas davantage les fruits éventuels d’une longue, riche et brillante carrière derrière soi ! En effet, qui mieux que… le "loup"©[14][15][16][17][18][7][19][3] (ou le "monstre"©[20][21] icon_twisted.gif) pourrait affiner la dite observation ? Cette sale bête n’a pas besoin de longues années d’études [22, APR note 32] (ou d’expérience) : ce que le praticien mettra dix, vingt, trente ans ou plus à "découvrir", lui le connaît in vivo… en à peine cinq minutes [23, AV note 31] icon_razz.gif ! Les longues années existent aussi pour lui [24][25] :  mais a posteriori. En effet, elles portent moins à l’étude théorique qu’à l’exercice pratique ! Incarnation obligée de la "stratégie", "porteur du mal être de l’autre" sont là très exactement [26] les définitions les plus élémentaires du "loup"© "monstrueux"©.

       Exister, le plus intime et fragile des sentiments ? Titre pervers… puisque réduisant drastiquement la question existentielle à du "sentiment". Plus fragile encore que l’illustre aphorisme de Descartes (« je pense, donc je suis »[27]), nous dégringolons ici au « je "sens", donc je suis » ; « je "sens", je n’ai même plus besoin de penser. » [ Petite annonce : vends« hémisphère gauche »[28,(§6)], état neuf, peu servi, cause sans emploi, l’« hémisphère droit » assurant "l’existence". Faire offre au journal, qui transmettra à Mr Neuburger… ]
     D’ores et déjà, nos amies les
bêtes [29, note 7] "n’existent pas" (ce qui risque d’en faire râler quelques-uns…) ! Ne parlons pas des végétaux, des minéraux… ou de tout objet manufacturé. Sans doute Mr Neuburger voyage-t-il (lui aussi [30]) par un mystérieux phénomène de "transkinésie"… aucun moyen de transport "n’existant" non plus. Probablement vit-il en apnée, l’air ambiant "n’existant" pas davantage (mais il peut sentir !), etc. Ici encore, en revanche, le "loup"© "monstrueux"© va pouvoir se distinguer. Ilconfirme en effet que chez l’"agneau"© (ou le lapin [31], bien sûr), "l’existence" est un "sentiment fragile" icon_rolleyes.gif. Sauf qu’il ne s’agit pas de la sienne… mais de celle du "loup"© lui-même ! De fait, il compte bien sur le "spécialiste"©[32] de "l’existence sensitive", qui lui justifiera [29,8] la "non-existence"[34, APR note 76] du "loup"©. Ce qui apporte alors à l’"agneau"© (lapin) un surcroît d’"existence", sa vie étant sauvée !

      On observera donc que tous les "psychothérapeutes"© ne sont pas si désemparés face à des non"monstres"© qui critiquent sans cesse des "monstres"©mais ne leur parlent jamais directement… et vont s’en plaindre à eux, par exemple [(1)]. Car c’est à eux qu’on délègue [35] les actes qui puissent participer à changer le "loup"©en "agneau"©. Et si les râleurs non "monstrueux"© plongent leur interlocuteur dans un grand sentiment d’impuissance, même leur psy ? Il semble toutefois que certains d’entre eux soient néanmoins plus "puissants"©[36, note 12] que les autres ! Car en fait la revendication vide des non-"monstres"© recouvre une plainte qui comporte tout de même une solution radicale [37] : pour rappel, la "dissolution" de l’"existence" du "monstre"©. Dès lors, s’il y a parade de l'"analyste"©(sic) , ce ne sera pas tant face à ces critiques stériles… que contre celles, nettement plus consistantes, du "loup"© râlant d’en faire les frais ! Cette parade est alors la suivante : « il "n’existe pas"©[38, notes 53 à 56], donc il est "dangereux"©[26, APR note 151][39,com.28,29,32,33,44]. icon_eek.gif »

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           Râler : « une façon de détourner ses peurs » ? Pourquoi pas ? Mais c’est encore là une façon presque anodine. Parce qu'en en réalité, et au fond, ce que veulent les râleurs, c'est que rien ne change [(1)]… sauf le "loup"© "non-existant" : s’il se laissait gentiment changer en "agneau"©, il aurait le "droit" d’"exister". Sinon il représente une "grave"© menace pour la "digne existence" des autres : dans ce cas, c’est lui qui est détourné ! Ainsi, l’autre façon de détourner « ses peurs » -moins anodine et plus radicale-, c’est bien sûr ce fichu "loup"© : il en est l’incarnation par définition. Le faire "non-exister", c’est aussi s’en détourner. « Quelle est ma place dans le monde ? Comment exister vraiment, dans ma dignité, par quels actes concrets ? [(2)] » Si le "loup"© est à la place du conjoint, le plus "urgent" des actes concrets est de "prendre conscience de ses craintes profondes". Celles du "loup"© sont indubitablement plus "profondes" que la peur de parler à son conjoint et de mettre son couple en danger ? Or, le "loup"© étant alors à la place du conjoint, tout va bien pour le conjoint "agneau"© survivant (pour combien de temps icon_sad.gif ?) : tant que le "loup"© "ne prend pas vraiment au sérieux icon_razz.gif [(2)] "son" problème" de "loup"©, qu’il ne se laisse pas gentiment changer en "agneau"©, c’est lui –et lui seul- qui "met le couple en danger"©. Du reste n’est-il pas précisément l’incarnation redoutable du "danger"©[26, APR note 151][39,com.28,29,32,33,44][3, notes 25,26] icon_twisted.gif ? Sous de tels auspices, la proposition de Mr Neuburger se voit complètement retournée : ainsi, sous l’impeccable alibi de la "prophylaxie"© anti-"loup"©, le conjoint "agneau"© va "se servir de ses complaintes à répétition" non plus pour "culpabiliser son entourage", mais pour lui faire peur à propos du "loup"©[20,art.4,5]. Ce qui lui fournit également un formidable alibi, lui conférant le "droit" de briser toute intimité du couple en l’ouvrant à tout le monde [6, APR note 12][40]sauf au "loup"©, bien sûr. Grâce à quoi, non seulement son entourage ne sera en rien culpabilisé, mais il aura été si efficacement apeuré qu’il s’en verra assez justif[20,art.1] pour s’enhardir à aller culpabiliser le "loup"© lui-même [20,art.6] : mettant son couple en danger avec d’autant plus de désinvolture [3, APR note 114] qu’il ne s’agit pas 2075168698.jpgdu leur [41], c’est à qui ne viendra pas "l’inonder de ses griefs" abondamment tartinés de pressions affectives : « Prend son malheur à charge [(2)]. » En d’autres termes : « Tu es le "loup"© : donc, la seule cause de son malheur (crime quasi impardonnable dans un contexte conjugal [19, AV note 96] !). Tant que tu persistes à rester le "loup"© (alors qu’à ce qu’"il paraît", il "existe"©[38, notes 53 à 56] tant de merveilleuses [42] méthodes permettant de changer les "loups"© en "agneaux"©[43][44][44bis][45][46] !…) tout malheur passé, présent et à venir est de ta faute… y compris le tien. » C’est là effectivement "de la culpabilisation « pure » qui cherche à apitoyer"[(2)] un "loup"© -quitte à l’en "harceler toute la journée"[(3)]- alors que personne n’en a aucunement pitié [29,9,11][47, notes 5,6] : entre le "loup"© et l’"agneau"©, lequel des deux attirera le plus spontanément la pitié sur un troupeau d’"agneaux"© icon_rolleyes.gif ?… 
     Ainsi le "loup"© est-il "prié toute la journée parce qu’on "sait"©[48] que c’est plus important"[49]. "Comment faire taire" sa "lupitude"© ? Même le rabbin de Mr Neuburger n’échappera pas au renversement de perspective ! À sa place, tout le monde répond : « Je n’y comprends rien, je n’y comprends rien. » (soit parce que c’est la faute du "loup"© -la sale bête râle "compulsivement"©[39,com.14][21, note 38][3, APR note 108] !-, soit parce que c’est décidément trop "compliqué"[19, AV note 21]…) « Je n’y comprends rien… mais je "conseille"©[51, APR note 57] comme si j’avais tout compris. »

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       On pourrait transposer la formule à un espace vert privé amoureusement entretenu. Sur un gazon sans défaut, trône une pancarte bien en vue : « pelouse interdite ». « Je ne sais pas lire, je ne sais pas lire »… mais tout le monde "sait" parfaitement enjamber la pancarte, pique-niquer, courir, creuser des trous dans l’herbe fraîche afin d’improviser un golf de fortune, puis laisser abondance de détritus. Lorsque le propriétaire revient sur les lieux, ô désolation : son précieux terrain est littéralement massacré [52] icon_cry.gif. Ou "mieux" : il était resté sur place, leur lisant à haute voix [53, notes 100 à 105]icon_surprised.gif le contenu de la pancarte. Las ; on lui aura répondu en chœur : « Nous n’y entendons rien, nous n’y entendons rien. » Seul contre tous, la malheureux n’aura pas davantage pu éviter le carnage. Dans les deux cas, s’il n’a pas pu, c’est aussi de sa faute ! C’est là, la clé… des "agneaux"©  : les "loups"© propriétaires râleurs n’ont pas besoin d'être écoutés [(3)], eux, mais d’être dévalorisés en "locataires"©[54][55][56].
      C'est alors une manière pour
les "agneaux"© piétinant la pelouse (et la broutant [57][58][47, note 12]) de "se sentir" valorisés_[59][60, APR note 76] icon_idea.gif.

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Article restauré au 24 janvier 2015

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